Prière: Photographie Boitier Leica M10-R /Obj Leica Summilux-M 35mmf/1.4 ASPH
Pont des Arts Aquarelle encre de chine
Une jeune fille prie pour l'éternité de son Amour.
Vous Indifférente aux regards jaloux des nymphes de bronze du Jardin du Carrousel, souriante, libre
comme une main caressant la surface de l'eau, Aurore, fille du soleil et de la lune, vous êtes venue à moi
encore jeune et pourtant femme, espérée et à l'instant désirée. Mon attente inquiète de vous, aura
été mon dû.
Vous m'avez invité à vous donner le bras, je m'en suis contenté, j'espérais votre main.
Vous nous avez conduit dans un petit restaurant de la rue Mouffetard, la table avait été réservée,
une petite feuille d'érable « aquarellée » sur un petit carton toilé, se substit à votre nom.
Le serveur vous a tutoyé feignant l'inquiétude, vous reprochant vos apparitions plus rares, j'ai été
rassuré en lisant sur votre visage une certaine impatience.
Le temps du repas a été nourri par les échanges pour notre plaisir commun de la lecture, vous avez
défendu avec passion Monsieur Milan Kundera pour son roman, « L’insoutenable légèreté de l'être
». Cela a éveillé en moi un sentiment de jalousie pour cet auteur.
Moi j'ai essayé avec maladresse de défendre « Ulysses » de James Joyce, livre qui m'était tombé
des mains à plusieurs reprises.
Vous avez voulu en savoir un peu plus sur mes voyages autour du monde en sac à dos, et ma
prochaine destination.
Puis, un seul dessert, une crème de lait à la fleur d'oranger avec deux cuillères.
Le silence s'installe, juste partager le moment présent avec mes espérances et nos suppositions.
Vous avez porté à ma bouche quelques cuillerées de crème au goût de la fleur d'oranger,
vous m'êtes devenue TU , je te voyais, je me voyais, je nous voyais déjà entre vos draps.
Après le repas, nous nous sommes promenés, tu m'as donné la main juste le temps de. traverser le
Pont des Arts, tu m'as dit c'est mon cadeau, le Pont des Arts ne se traverse que main dans la main.
A l'instant m'est revenu en mémoire ce jour de mes vingt ans où j'ai versé quelques larmes angoissées sur
les journées de bonheurs beaucoup trop courtes.
Prés de chez toi, nous sommes entrés dans une petite librairie: Un couple féminin, les quatre mains
superposées à plat sur la couverture glacée d'une. édition sur l'art byzantin.
Elles t’ont adressé un large sourire, certainement heureuses de te revoir, mais n'ont pu
cacher leur étonnement de te voir accompagnée.
Un livre, dans un petit sac de papier kraft à ton attention, attendait. Tu as tendu le petit sac vers moi
et à voix basse pour ne pas te faire entendre: « pour ce que tu es, en souvenir de moi ».
Je t'ai raccompagnée jusque chez toi sans te demander l'autorisation par peur d'un refus argumenté,
d' une excuse coupable que tu aurais sans cesse méditée.
D'un commun accord nous avons ralenti le pas, tu as été prudente en ne me donnant pas ta main.
Sur le palier encaustiqué au pas de ta porte, je me suis vu, je t'ai vue, je nous ai vus entre
tes draps. Tu ne m'as pas invité à entrer. Sur nos adieux, tu as posé un baiser amoureux et quelques mots:
« c'est tout ce que je peux te donner ».
Je garde encore le souvenir de ta voix pour ces quelques mots d'adieu.
Aurore, fille du soleil et de la lune, par vous je suis plus riche de toi quand Amour m'a
offert pour toi ses merveilleux moments. Je n'ai qu'un seul regret, n'avoir pas su garder en
bouche plus longtemps le goût de la fleur d'oranger, afin de prolonger l'angoisse de notre proche séparation.
Je te vois, je me vois, je nous vois entre tes draps.
Au bout de mon bras, Monsieur Milan Kundera, dans la collection de la Pléiade, porté par un petit sac en papier kraft
, se balance et rythme mes pas. Lui et moi avons fait la paix.
Cette collection de la Pléiade s'est enrichie d'un baiser d'Aurore fille de la lune et du soleil, et garde entre les pages de
certains volumes en secret, bien d'autres merveilleux moments
Dominique Piot 8 Mars 1988 Paris Jardin du Carrousel